Le 3 octobre est une date discrète mais puissante dans l’histoire de la foi africaine et de la lutte pour l’indépendance du Congo. Ce jour-là, en 1921, le prophète Simon Kimbangu, fondateur de l’Église kimbanguiste (EJCSK), était condamné à mort par un Conseil de guerre belge à Thysville (actuelle Mbanza-Ngungu), au Congo.
Ce jugement n’était pas un simple acte judiciaire, mais le reflet d’une administration coloniale effrayée par le pouvoir d’éveil d’un seul homme.
Un procès pour sédition, un verdict contre l’éveil
Le mouvement kimbanguiste avait pris naissance le 6 avril 1921 avec la première guérison miraculeuse attribuée à Simon Kimbangu, déclenchant une vague de ferveur spirituelle et de pèlerinages à Nkamba, le « Nouveau Jérusalem ». Rapidement, l’administrateur Léon Morel y voit une menace. Les autorités coloniales interprètent les paroles de Kimbangu – notamment sa prophétie que « les Blancs deviendront Noirs et les Noirs deviendront Blancs » – comme une incitation directe à la sédition.
Le 3 octobre 1921, le verdict tombe : la peine capitale. Les spécialistes de l’histoire coloniale s’accordent à dire que le procès fut injuste, inique et partial. Le Conseil de guerre était à la fois l’accusateur et le juge, cherchant avant tout à briser un mouvement qui ébranlait les fondations de l’édifice colonial.
Un martyr au destin inachevé
Bien que le Roi des Belges, Albert Ier, ait commué la peine de mort en détention à perpétuité, Simon Kimbangu passera près de trente ans en prison, jusqu’à sa mort en 1951, faisant de lui un martyr et une figure de la résistance non-violente.
Aujourd’hui, l’Église kimbanguiste, qui revendique des millions de fidèles, commémore régulièrement cette date du 3 octobre. Plus qu’un anniversaire de condamnation, c’est un rappel de la détermination d’un homme qui, par sa foi, a ouvert la voie à la conscience identitaire et à la liberté du peuple congolais. D’ailleurs, symboliquement, en 2011, la justice militaire congolaise a procédé à la révision du procès, annulant enfin la condamnation de 1921.
Le 3 octobre n’est donc pas la date de la fin, mais celle du début d’une longue marche, faisant de la persécution de Kimbangu le ferment de l’une des plus grandes Églises indépendantes d’Afrique.
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