Le cinéma français, souvent présenté comme un fleuron de l’« exception culturelle », est sous le feu des projecteurs. Le rapport de l’Inspection générale des finances (IGF), remis à Matignon à l’été 2024, vient jeter une lumière crue sur un modèle jugé coûteux, surproductif et largement déconnecté de son public.
L’inflation des films, le désert des salles
Les chiffres avancés par l’IGF sont sans appel : en 2023, la France a atteint un record avec 406 sorties françaises, dont près de 300 soutenues par le CNC. Pourtant, cette boulimie de production ne se traduit pas par un succès populaire. Le rapport révèle une réalité amère : plus d’un tiers des films financés sur fonds publics ont réalisé moins de 20 000 entrées. En clair, une majorité d’œuvres aidées restent invisibles au box-office, créant un ratio vertigineux où un film sur cinq coûte plus de 50 euros d’argent public par spectateur.
Derrière le vernis, l’IGF constate que la filière est désormais plus dépendante de l’État que de ses spectateurs. En 2023, le soutien public a atteint près de 1,2 milliard d’euros, couvrant 40 % des coûts de production. Entre 2015 et 2018, le secteur a même enregistré un déficit cumulé de 1,13 milliard d’euros. Seuls 28 % des films deviennent rentables sans les aides, confirmant que la « rentabilité dépend largement des soutiens publics ».
L’urgence d’une réforme budgétaire
Face à ce système inflationniste, l’IGF sonne l’alarme et propose une réforme radicale. Elle recommande de plafonner les ressources fiscales du CNC à 687 millions d’euros pour mettre fin à la « procyclicité » des aides (plus de recettes fiscales, plus d’aides).
Parmi les mesures phares, on trouve :
- La fermeture des enveloppes automatiques pour freiner la dérive budgétaire.
- Une réduction ciblée des dépenses (baisse de 15 % des soutiens à l’exploitation).
- Une révision à la baisse du Crédit d’Impôt Cinéma (CIC) pour les gros budgets.
L’enjeu est majeur : faire en sorte que les moyens du cinéma résultent des décisions du législateur et non d’une croissance mécanique, afin que l’industrie redevienne un secteur économiquement viable. L’« exception culturelle » est-elle devenue une illusion coûteuse où l’argent public tient le rôle principal, et le spectateur, le second ? Le débat est lancé.
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