Le Cinéma Africain en 2025 : Un Géant qui s’éveille enfin ?
Longtemps perçu comme le parent pauvre du septième art mondial, le cinéma africain affiche aujourd’hui une vitalité qui bouscule les statistiques. Si les chiffres de production explosent, notamment portés par le mastodonte nigérian, l’industrie fait face à un paradoxe persistant : comment transformer une productivité record en une véritable puissance économique souveraine ?
Nollywood : L’usine à rêves en pleine mue numérique
Le Nigeria continue de dominer le paysage avec une production annuelle avoisinant les 2 600 films. Cependant, en 2025, le volume ne fait plus tout. On observe un virage qualitatif sans précédent. Si la VOD et le format DVD ont fait la gloire de Nollywood, l’année 2024 a marqué un tournant historique : pour la première fois, les films nigérians ont capturé plus de 50 % des parts de marché du box-office local, dépassant les blockbusters hollywoodiens. Cette souveraineté culturelle s’accompagne d’une migration massive vers YouTube et les plateformes de streaming, contournant le manque criant de salles physiques.
L’Afrique du Sud et le Maghreb : La force de l’infrastructure
À l’opposé du modèle de volume nigérian, l’Afrique du Sud reste le leader technique du continent. Bien qu’elle produise moins de cent films par an, ses revenus sont boostés par des infrastructures de pointe et l’accueil de tournages internationaux. Mais le pays n’est pas à l’abri des crises : les derniers rapports de 2024 indiquent une baisse des fréquentations en salle, poussant les créateurs à réinventer l’expérience cinématographique.
Parallèlement, des pays comme la Côte d’Ivoire et le Cameroun structurent leur écosystème. En 2025, le Fonds de Soutien à l’Industrie Cinématographique (FONSIC) en Côte d’Ivoire a lancé des appels à projets ambitieux pour professionnaliser la chaîne de valeur, du scénario à la post-production.
Le défi des 20 milliards de dollars
Selon l’UNESCO, le potentiel inexploité du secteur est colossal. Si les freins comme le piratage (qui capte encore 50 % à 75 % des revenus) et le manque de salles (un écran pour environ 790 000 habitants) étaient levés, l’industrie pourrait générer 20 milliards de dollars et créer 20 millions d’emplois.
Le débat actuel divise les experts : faut-il privilégier le “cinéma d’auteur”, prestigieux en festival mais peu rentable localement, ou le “cinéma populaire” à petit budget ? La réponse de 2025 semble résider dans l’hybridation, facilitée par l’intelligence artificielle pour réduire les coûts de production sans sacrifier l’esthétique.
Share this content:







