Le Septième Art Africain prend son destin en main
L’industrie cinématographique africaine franchit une étape décisive vers son autonomie et sa souveraineté narrative. Cette progression est cristallisée par la sélection de deux figures montantes du cinéma malgache, Luck Razanajaona et Maeva Ranaivojaona, au sein du prestigieux programme Future Mentors du Durban Film Mart Institute (DFMI).
Le DFMI, une organisation à but non lucratif établie en 2020, a pour mission de faciliter le commerce et l’investissement dans le contenu cinématographique africain, œuvrant pour que le contenu et les professionnels africains soient mondialement compétitifs et célébrés.
L’initiative Future Mentors, qui a tenu sa deuxième cohorte en novembre, est bien plus qu’une simple formation. C’est un mouvement panafricain délibéré pour créer une nouvelle génération de passeurs de savoir capables d’accompagner les jeunes talents. En choisissant dix-sept cinéastes d’Afrique et de la diaspora, le programme crée une plateforme unique de transmission intergénérationnelle.
De la Réalisation au Tutorat : le parcours des mentors malgaches
La présence de Luck Razanajaona et Maeva Ranaivojaona dans cette sélection n’est pas un hasard, mais la reconnaissance de leurs trajectoires respectives.
Luck Razanajaona, connu pour ses œuvres qui explorent les réalités sociopolitiques de Madagascar, a souvent insisté sur la nécessité d’un regard africain pour narrer l’Afrique. Pour lui, ce programme représente une “formation par des Africains et pour des Africains”, essentielle pour aborder les réalités locales et les contextualités culturelles souvent négligées par les modèles de mentorat occidentaux. Cette approche favorise l’établissement de méthodes de travail et de transmission adaptées aux besoins réels des créateurs du continent, renforçant l’autonomie intellectuelle et artistique.
Maeva Ranaivojaona incarne quant à elle cette vague de professionnels qui cherchent à raconter des histoires avec leurs propres codes, offrant une diversité de perspectives et de genres. Leur rôle en tant que futurs mentors sera d’offrir un espace sécurisant et collaboratif, comme l’explique le guide du DFMI, où les talents émergents peuvent trouver leur propre voie pour réaliser leur vision, par un échange de compétences, de ressources et de réseaux. Le mentor, dans ce cadre, agit comme un guide, un facilitateur, qui permet au mentoré de conserver sa voix propre et la direction artistique de son projet.
Un Mouvement Panafricain et la Reconnaissance de l’Expertise Locale
Ce programme du DFMI s’inscrit dans un effort plus large pour décentraliser et décoloniser le savoir cinématographique. Historiquement, les jeunes réalisateurs africains se sont souvent tournés vers des structures européennes pour le financement, la formation et la validation. En organisant des sessions physiques à Dakar (Sénégal) pour l’édition francophone et à Tunis (Tunisie) pour l’édition arabophone, le DFMI ancre l’expertise et la formation sur le continent lui-même.
Ce mouvement est soutenu par des institutions internationales, notamment la DW Akademie et le ministère fédéral allemand de la Coopération économique et du Développement, reconnaissant ainsi la valeur du développement d’infrastructures de mentorat locales solides.
L’objectif final est de créer un réseau solide de professionnels expérimentés prêts à s’engager activement dans la transmission des connaissances, propulsant ainsi la prochaine vague de films africains vers les marchés et festivals internationaux. En formant ses propres “passeurs de savoir”, l’Afrique démontre sa confiance en sa capacité à raconter le monde et à se raconter, depuis l’Afrique.
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