RDC : Le Cinéma, l’« Arme la Plus Puissante » pour Transmettre l’Âme Congolaise et l’Histoire du Monde
L’art de l’image animée a été placé au centre du débat culturel à Kinshasa, capitale de la République Démocratique du Congo (RDC). Lors de l’ouverture de la 12e édition du Festival International du Cinéma de Kinshasa (FICKIN), le directeur général de l’Académie des Beaux-Arts (ABA), le Professeur Henri Kalama Akulez, a redéfini le rôle du cinéma congolais, le qualifiant d’« arme puissante d’expression culturelle ». Cette déclaration, empreinte d’une profonde reconnaissance pour le médium, souligne la résurgence et la vitalité d’une industrie longtemps confrontée à des défis structurels.
L’Héritage de Sembène Ousmane et la Force de l’Image
Citant l’illustre cinéaste sénégalais Sembène Ousmane, souvent considéré comme le père du cinéma africain, Henri Kalama a martelé que « Le cinéma est l’arme la plus puissante. Il permet de parler au monde sans besoin de traduire les mots ». Cette référence n’est pas fortuite. Ousmane Sembène a toujours prôné un cinéma engagé, militant et politique, voyant dans le film un outil d’éducation populaire et de déconstruction des récits postcoloniaux. En reprenant cette formule, Kalama ancre le cinéma congolais dans une tradition panafricaine de l’art comme miroir social et moteur de changement.
Le pouvoir universel évoqué par le directeur réside dans la capacité de l’image à transcender les barrières linguistiques et culturelles pour transmettre directement les réalités, les rêves et les contradictions des peuples. Dans un pays comme la RDC, riche de centaines de langues, l’image devient la langue commune, un vecteur d’unité et de compréhension nationale et internationale.
Une Nouvelle Génération de « Poètes de l’Image »
Le cinéma congolais, après des années de disette en matière de production et de circuits de distribution, connaît un véritable regain. Henri Kalama Akulez a salué la résilience et la créativité d’une nouvelle génération de cinéastes, qu’il a nommés les « témoins du temps, des poètes de l’image et des gardiens de la mémoire ».
Cette appellation est significative. En tant que témoins du temps, ils documentent les crises, les espoirs et les mutations sociales de la RDC. En tant que gardiens de la mémoire, ils s’attaquent à la préservation et à la transmission de l’histoire et de la culture congolaises, souvent menacées par l’oubli ou les récits simplifiés.
L’inclusion d’initiatives comme l’atelier de formation « Génération Action » au sein du FICKIN, soulignée par les organisateurs, démontre une volonté concrète de renforcer la qualité du travail des jeunes participants et de pérenniser cette industrie naissante. L’objectif est clair : créer un héritage fort et durable, capable de s’exprimer sur la scène mondiale.
Le Cinéma Congolais : Au-delà du Divertissement
Le FICKIN, qui se déroule habituellement sur plusieurs jours et inclut projections, rencontres et formations, est une preuve de l’engagement de la communauté artistique. Il aborde les problèmes majeurs du secteur, comme le manque de formation technique, les défis de la production et, surtout, le manque de circuits de distribution locaux et internationaux.
Le cinéma congolais, dans ce contexte, est plus qu’un art; c’est un acte politique et social. Il interroge la société, soulève des problématiques cruciales et offre des perspectives uniques sur l’Afrique Centrale, s’éloignant des clichés pour proposer des narrations complexes et nuancées. C’est en cela qu’il constitue une “arme puissante” : une force de plaidoyer, de sensibilisation et, ultimement, de transformation sociale.
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