La Science Révèle la Blague Qui Fait Rire le Monde Entier
Le « LaughLab » : quand la science traque l’hilarité universelle
Le rire est-il une réaction universelle ou un phénomène profondément culturel ? C’est la question ambitieuse que s’est posée le psychologue britannique Dr. Richard Wiseman de l’université de Hertfordshire au début des années 2000. Son expérience, baptisée le « LaughLab », est devenue une référence dans l’étude de l’humour à travers le monde.
Pendant un an, ce laboratoire du rire d’un nouveau genre a collecté près de 40 000 blagues soumises par le public et a enregistré plus de 1,5 million de votes provenant de tous les continents. L’objectif n’était pas seulement de trouver un gag populaire, mais de déterminer la formule capable de transcender les barrières linguistiques, générationnelles et culturelles. En d’autres termes : la blague la plus universellement appréciée.
Après cette immense consultation mondiale, une histoire, simple dans sa structure mais explosive dans sa chute, s’est imposée en tête du classement.
La blague des chasseurs : le gag couronné
Voici la blague qui a été scientifiquement élue la plus drôle du monde :
« Deux chasseurs sont dans les bois quand, tout à coup, l’un s’effondre. Il semble ne pas respirer, ses yeux sont révulsés. Le second chasseur sort son téléphone portable et appelle les urgences. Haletant, il dit à l’opérateur : “Mon ami est mort ! Qu’est-ce que je peux faire ?” L’opérateur, d’une voix calme et apaisante, lui dit : “Calmez-vous. Je peux vous aider. D’abord, assurons-nous qu’il est mort.” Il y a un silence, puis un coup de feu est entendu. Le chasseur reprend alors le téléphone et dit : “C’est bon. Et maintenant ?” »
Les rouages psychologiques du rire
Pourquoi cette histoire de chasseurs, à la fois sombre et absurde, est-elle la championne ? L’analyse scientifique du Dr. Wiseman met en lumière plusieurs mécanismes qui la rendent incroyablement efficace :
- L’Incongruité et la Surprise : La théorie de l’incongruité stipule que l’humour naît de la rencontre de deux idées incompatibles. Ici, l’aide d’urgence (le calme de l’opérateur) est brutalement confrontée à l’action stupide et radicale du chasseur (le coup de feu). La rupture de l’attente est totale.
- Le Sentiment de Supériorité : Cette blague exploite un classique du comique : le fait de se sentir intellectuellement supérieur au personnage “idiot”. Nous, auditeurs, comprenons la directive de l’opérateur, alors que le chasseur, lui, la prend au sens le plus littéral et le plus extrême, nous offrant un sentiment de soulagement comique.
- La Longueur Idéale : Les chercheurs ont découvert que les blagues jugées les plus hilarantes tournent souvent autour de 103 mots. Avec ses 102 mots, le gag des chasseurs frôle la perfection structurelle.
Le débat : la blague « la moins détestée » du monde
Bien que la blague des chasseurs ait obtenu la moyenne de notes la plus élevée, elle ne représente pas un consensus absolu, et c’est là que réside le débat fascinant autour de l’humour.
Le Dr. Wiseman lui-même a nuancé le résultat en expliquant que cette blague était surtout « celle que la plupart des gens n’ont pas détestée ». En d’autres termes, elle possède le plus large attrait moyen, mais pas nécessairement le pouvoir d’être la plus hilarante pour chaque individu ou chaque groupe.
En effet, l’étude a révélé d’importantes variations culturelles. Par exemple :
- Les Britanniques, Australiens et Néozélandais préfèrent l’humour basé sur les jeux de mots.
- Les pays comme la France, la Belgique et le Danemark affichent une forte préférence pour l’humour absurde et surréaliste (comme l’histoire du chien Alsacien qui va au bureau de poste et écrit « Woof » neuf fois).
- Fait amusant : il a été découvert que la blague des chasseurs était en réalité basée sur un sketch radio du fameux Goon Show de Spike Milligan datant de 1951, prouvant que l’humour efficace défie le temps, même s’il est modernisé par l’ajout du téléphone portable.
En conclusion, la blague des chasseurs est un chef-d’œuvre de construction comique et d’universalité, mais elle nous rappelle que, si la science peut trouver un dénominateur commun, le rire reste, dans son essence, une affaire profondément personnelle et culturelle.
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