À une centaine de kilomètres au nord d’Abidjan, près du village de Rubino, des équipes s’affairent au tournage du long-métrage “Le Testament”, une comédie coproduite par la Côte d’Ivoire, le Burkina Faso et le Sénégal. Cette scène de vie, où les notables d’un village se réunissent après la mort d’un riche planteur de cacao, est emblématique de la nouvelle dynamique qui anime le 7e art ivoirien.
Un Secteur en Pleine Ébullition
Le ministère de la Culture ivoirien a recensé une trentaine de tournages de films et séries en 2024, et déjà 39 projets ont obtenu une autorisation cette année. Des chiffres qui témoignent d’une croissance fulgurante. Shaidate Coulibaly, chargée de production sur “Le Testament”, ne cache pas son enthousiasme : “C’est un secteur vraiment en train de se développer localement. La nouvelle génération veut raconter son quotidien, des histoires qui la représentent.” Cette vitalité est renforcée par l’émergence de nombreux techniciens et cinéastes passionnés, capables de prendre en charge une production de A à Z.
Raconter Nos Propres Récits
Des réalisateurs comme le Burkinabè Adama Rouamba, qui a vu le secteur se structurer en Côte d’Ivoire ces dernières années, soulignent la qualité grandissante des équipes locales. Cependant, si les subventions publiques existent, les investisseurs privés restent frileux, obligeant les producteurs à “se battre” pour financer leurs projets.
Le réalisateur franco-ivoirien Philippe Lacôte, qui fait d’Abidjan le décor de ses films depuis 2002, vient de terminer le tournage de sa nouvelle série musicale, “Clash”, entre Abidjan et Kinshasa, avec une équipe exclusivement locale. Un exploit impensable il y a quelques années ! Pour l’acteur et réalisateur français d’origine ivoirienne Jean-Pascal Zadi, le cinéma est un puissant outil d’influence. “On a besoin de produire nos propres récits et des contenus de qualité,” insiste-t-il, ayant lui-même tourné son dernier film, “Le grand déplacement,” à Abidjan.
Défis et Perspectives d’Avenir
Malgré cette effervescence, des défis subsistent. Le cinéma local est encore loin de rivaliser avec les productions étrangères, notamment américaines, qui représentent 80% des entrées en salle. Philippe Lacôte regrette le manque de formation et une vision gouvernementale qui, selon lui, privilégie l’accueil de tournages étrangers plutôt que le financement de productions ivoiriennes.
Le ministre de la Communication, Amadou Coulibaly, assure de son côté qu’une “volonté politique existe” et qu’un “mécanisme de subvention” pour les jeunes talents ivoiriens sera bientôt mis en place. Un autre obstacle majeur est le faible nombre de salles de cinéma (seulement 15, majoritairement à Abidjan), même si l’ouverture prochaine d’une salle à Bouaké et l’arrivée des cinémas Pathé à Abidjan en 2024 témoignent d’une nouvelle dynamique prometteuse pour le grand écran ivoirien.
Le rêve ivoirien de devenir une capitale du 7e art est bel et bien en marche, porté par une nouvelle génération désireuse de raconter ses propres histoires au monde.
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