Avec la fréquentation des salles obscures qui peine à retrouver son niveau d’avant-crise, la télévision et les plateformes de vidéo à la demande (SVOD) sont devenues des bouées de sauvetage essentielles pour les œuvres cinématographiques. Mais quel type de films trouve grâce aux yeux des téléspectateurs et des “streamers” ? Les chiffres récents de Médiamétrie apportent un éclairage fascinant sur les préférences du public.
Le Triomphe Inattendu des Comédies Françaises
Il semblerait que le succès en salle soit un excellent tremplin pour la télévision. L’exemple le plus frappant est celui d’Intouchables. Troisième film de tous les temps au box-office français, il a réalisé l’audience cinéma la plus forte à la télévision entre 2014 et 2024, rassemblant près de 13,9 millions de téléspectateurs lors de sa première diffusion sur TF1. Comme le souligne Isabelle Maurice, directrice Études, Veille et Prospective chez Médiamétrie, le Top 10 des films les plus regardés à la télévision cette décennie est “largement dominé par les comédies françaises ayant performé en salles”. Des titres comme Bienvenue chez les Ch’tis, Qu’est-ce qu’on a fait au bon dieu, et Les Tuche ont tous dépassé les 8 millions de téléspectateurs.
Même si le succès en salle n’est pas toujours un prérequis absolu, il aide. Maison de retraite, par exemple, a captivé 7 millions de personnes sur TF1 en 2024, alors qu’il n’avait attiré qu’un peu plus de 2 millions de spectateurs au cinéma. Marine Boulanger, directrice Cinéma et Entertainment chez Médiamétrie, explique que “le cinéma est l’industrie du prototype par excellence” et que la TV et la SVOD offrent une résonance cruciale. Le cas de Ténor, qui a mieux performé sur Netflix qu’en salles, en est une illustration parfaite. Le coût d’une entrée de cinéma, équivalent à un abonnement mensuel à un service de streaming, rend les spectateurs plus sélectifs pour le grand écran.
Le Royaume des Nouveautés et des “Direct to Video” en Streaming
Sur les plateformes de SVOD, les habitudes de consommation sont différentes. Si des succès cinématographiques comme Le Comte de Monte-Cristo (près de 3 millions de “consommations” en streaming) trouvent leur public, ils sont souvent devancés par des films directement produits pour les plateformes, les “Direct to Video”. Des thrillers comme le franco-belge Ad Vitam ou l’américain Back in Action, n’étant jamais passés par les salles, ont enregistré environ 4 millions d’actes de consommation sur Netflix. Même le blockbuster Oppenheimer, pourtant un succès en salles, est loin derrière les productions originales de Netflix comme Sous la Seine ou Loups-garous en termes de visionnage en streaming.
Les plateformes, notamment Netflix et Prime Video, privilégient l’exclusivité et les contenus originaux. Elles ont une capacité unique à mettre en avant leurs propres “marques” et nouveautés. Tandis que le cinéma reste stable en prime time à la télévision, il représente près de la moitié de l’offre en SVOD.
La Chronologie des Médias : Un Débat Qui Perdure
La chronologie des médias, cette réglementation qui organise la diffusion des films, est au cœur des enjeux. La première fenêtre d’exploitation reste la vidéo à l’acte (achat/location numérique ou physique), quatre mois après la sortie en salle. Cela permet aux succès récents comme Un p’tit truc en plus de cartonner sur ce segment.
Cependant, les géants du streaming et les chaînes payantes par abonnement poussent à un raccourcissement des délais. Depuis 2022, Canal+ et myCANAL peuvent diffuser des films 6 mois après leur sortie, Netflix 15 mois, et Disney+ a obtenu 9 mois début 2025. Prime Video et Apple TV+, ainsi que les chaînes gratuites, ont des fenêtres plus longues (17 et 22 mois respectivement). Mais la bataille est loin d’être finie : Netflix et Amazon ont même déposé un recours pour faire annuler cette nouvelle chronologie. L’avenir de la diffusion des films est donc en constante évolution, cherchant le juste équilibre entre les salles, la télévision et le monde numérique.
Share this content:







