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Le Secret Toxique du Prêt-à-Porter : L’Afrique, Poubelle Textile de l’Occident ?

Le Voyage sans Retour des Vêtements Usagés

Chaque année, des millions de tonnes de vêtements sont jetées par les consommateurs dans les pays occidentaux. Si une petite partie est réutilisée ou recyclée localement, une majorité significative entame un voyage transcontinental. Ces articles, souvent donnés à des œuvres de charité ou déposés dans des conteneurs de recyclage, sont en réalité vendus par des intermédiaires et exportés massivement vers des continents comme l’Afrique, l’Asie du Sud-Est et l’Amérique latine.

L’Afrique est le point de chute principal de ce flux, avec des pays comme le Ghana, le Kenya et l’Ouganda qui reçoivent d’énormes cargaisons de ce que l’on appelle le “mifta” ou “obroni wawu” (littéralement “vêtements d’homme blanc mort” en langue Twi au Ghana). Ce flux est principalement composé de deux catégories :

  1. Des vêtements de qualité réutilisable : Ceux-ci alimentent le marché local et créent une industrie de la friperie vitale.
  2. Des déchets non portables : Des articles de très mauvaise qualité ou endommagés, surtout issus de l’ultra-fast fashion, qui sont immédiatement considérés comme des déchets.

C’est cette deuxième catégorie qui est au cœur d’un débat mondial tendu sur la responsabilité environnementale.

Un Marché Vital, mais une Menace pour l’Industrie Locale

Il existe un premier son de cloche, pragmatique et économique, qui met en avant le rôle essentiel de ce commerce d’occasion. L’arrivée de ces vêtements a donné naissance à une industrie locale florissante, employant des milliers de personnes, des trieurs aux revendeurs, et offrant des articles abordables à des populations dont le pouvoir d’achat est souvent limité. Dans des marchés comme celui de Kantamanto à Accra (Ghana), des entrepreneurs locaux ont développé des compétences uniques pour réparer, modifier et revendre ces vêtements, créant une véritable économie circulaire à petite échelle.

Cependant, le revers de la médaille est dévastateur. L’inondation de vêtements importés a mis à mal les industries textiles locales dans de nombreux pays africains. Pourquoi acheter une chemise neuve produite localement si l’on peut trouver l’équivalent importé, voire de meilleure qualité, pour une fraction du prix ? Des pays comme le Rwanda et l’Ouganda ont même tenté d’interdire l’importation de friperies pour protéger leur production nationale, mais cette mesure a été fortement contestée par les États-Unis (via l’AGOA) et le lobby du commerce, montrant la complexité et la géopolitique derrière ce commerce.

Le Désastre Écologique : L’Afrique comme Décharge

La critique la plus virulente concerne l’impact environnemental. Contrairement aux idées reçues dans les pays donneurs, une grande partie des vêtements exportés n’est pas réutilisable. En raison de la détérioration de la qualité des textiles due à la fast fashion, une quantité croissante de ces ballots est constituée de polyester et de mélanges synthétiques impossibles à recycler de manière économique ou écologique sur place.

Ces déchets s’accumulent dans d’immenses décharges, polluant l’air par incinération sauvage, et surtout, les sols et les eaux. Des reportages ont notamment mis en lumière les montagnes de déchets textiles qui s’accumulent le long des côtes ouest-africaines, libérant des microfibres et des produits chimiques toxiques dans les écosystèmes, détruisant les zones humides et les environnements marins.

En définitive, le continent africain est confronté à un dilemme : le marché de la friperie est une bouée de sauvetage économique et sociale immédiate pour de nombreuses communautés, mais le modèle global en fait aussi la soupape de sécurité environnementale de la surconsommation occidentale. La solution globale réside non pas seulement dans l’aide au recyclage en Afrique, mais avant tout dans un changement radical des pratiques de production et de consommation dans les pays du Nord, en imposant une meilleure qualité et une responsabilité étendue aux producteurs de fast fashion.

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