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Le Swahili, clé d’or pour l’économie tunisienne en Afrique

Le Swahili, passeport pour l’Est : le pari stratégique de la Tunisie

Dans l’échiquier économique mondial, la langue n’est plus un simple outil de communication, mais un véritable levier de puissance commerciale et culturelle. La Tunisie, traditionnellement ancrée vers le marché européen, se trouve aujourd’hui à un carrefour stratégique : concrétiser son appartenance au continent africain. Pour les économistes, ce pivot passe par l’adoption et la maîtrise d’une langue en pleine ascension : le Swahili.

I. Le Swahili, une puissance africaine reconnue

Le Swahili, ou Kiswahili, n’est plus une simple langue régionale. Originaire des côtes de l’Afrique de l’Est, il est le fruit fascinant du métissage entre les langues bantoues et l’arabe des marchands. Aujourd’hui, il est parlé par plus de 200 millions de personnes, s’étendant de la Tanzanie et du Kenya jusqu’à la République Démocratique du Congo (RDC).

Sa reconnaissance institutionnelle est un fait établi. Il est devenu une langue de travail officielle de l’Union Africaine (UA) et est au cœur de la Communauté d’Afrique de l’Est (CAE), un marché commun dynamique qui regroupe près de 300 millions d’habitants. En 2021, l’UNESCO a de plus proclamé le 7 juillet Journée mondiale de la langue kiswahili, reconnaissant son rôle essentiel pour la diversité culturelle et l’intégration continentale. Pour la Tunisie, l’enjeu est clair : ces faits institutionnels et démographiques désignent l’Afrique de l’Est comme un pôle de croissance à ne pas négliger.

II. La Tunisie face au défi de la diversification

La Tunisie jouit d’une position de pont naturel entre la Méditerranée, le Maghreb et l’Afrique subsaharienne. Pourtant, ses relations commerciales restent fortement déséquilibrées, avec près de 70 % de ses exportations destinées à l’Union européenne. Pour réduire cette vulnérabilité, la diversification vers le marché africain est impérative, un effort concrétisé par la ratification de l’accord de la Zone de Libre-Échange Continentale Africaine (ZLECAf) en 2020.

Cependant, les accords seuls ne suffisent pas. Dans le commerce africain, la confiance précède la transaction. Un entrepreneur tunisien qui s’adresse à son partenaire en français ou en anglais (langues coloniales) ne tisse pas la même relation qu’un autre capable de communiquer, même imparfaitement, en Swahili. La langue locale devient un instrument d’influence, un signe de respect et la condition d’un partenariat durable. C’est pourquoi des universitaires tunisiens appellent à la création de filières universitaires dédiées au « Swahili et affaires africaines ».

III. Le débat de la portée linguistique : un continent pluriel

Si l’orientation vers le Swahili est saluée comme visionnaire, elle ne fait pas l’unanimité quant à son caractère « universel » sur le continent. C’est le principal point de nuance.

D’un côté, les partisans soulignent que se concentrer sur l’Afrique de l’Est, avec ses taux de croissance élevés et son vaste marché de la CAE, est la démarche la plus pragmatique. Le Swahili est le « couteau suisse » qui ouvre simultanément plusieurs pays clés.

De l’autre, les critiques rappellent que l’Afrique est un continent de diversité linguistique. Le Swahili est peu parlé dans les grands pôles d’affaires de l’Afrique de l’Ouest (Lagos, Abidjan, Dakar) où l’anglais, le français et les langues locales prédominent. Investir massivement dans le Swahili ne doit pas faire oublier la nécessité d’une stratégie linguistique globale incluant, par exemple, le portugais pour les pays lusophones (Angola, Mozambique) ou le renforcement des compétences en anglais pour les marchés anglophones non-swahiliphones.

En conclusion, l’adoption du Swahili par la Tunisie est un pas décisif vers une identité véritablement africaine et un second souffle pour son économie. Ce n’est pas la solution unique, mais c’est la première pierre d’une stratégie commerciale Sud-Sud qui ne peut se contenter d’être logistique et financière ; elle doit être fondamentalement culturelle et humaine. La Tunisie, déjà bilingue, pourrait se positionner comme une plateforme trilingue unique (arabe, français, swahili) au service de l’intégration continentale.

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