Symbole ancestral de résilience et d’identité, les tresses africaines ont traversé les siècles, de la clandestinité de l’esclavage à la reconnaissance mondiale. Bien plus qu’une simple coiffure, elles racontent une histoire riche et complexe, comme en témoigne Khadija Musa Sele à Nairobi, perpétuant fièrement cette tradition capillaire.
Des “Cornrows” : Cartes Vers la Liberté
Au cours du XVIe siècle, les Africains réduits en esclavage utilisaient les tresses collées, ou “cornrows”, comme un langage secret. Ce que les colons considéraient comme une coiffure “primitive” était en réalité un moyen de résistance discrète. De nombreux récits historiques suggèrent que ces motifs capillaires tressés servaient à transmettre des itinéraires d’évasion codés, des points de rencontre ou des messages d’espoir, transformant chaque tête en une carte vers la liberté.
Avant même cette période sombre, en Afrique, les motifs de tressage distinguaient les rangs sociaux, l’âge, les liens familiaux et le statut marital. Cette technique s’est répandue sur le continent entre le XVIe et le XIXe siècle, chaque région développant son propre vocabulaire visuel, comme le “Milazo” ou le “Kilimanjaro” au Kenya, ou encore le “Zane” et le “Shuku” en Afrique de l’Ouest.
De la Célébrité au Quotidien : Un Symbole d’Identité
Des siècles plus tard, les tresses collées demeurent un puissant symbole d’identité pour la diaspora africaine et au-delà. Des icônes mondiales comme Beyoncé et Burna Boy ont hissé ce style au rang de mode grand public, célébrant sa polyvalence tout en honorant ses racines profondes. Le salon Msusi Safi à Nairobi, par exemple, offre une palette de tresses complexes adaptées à chaque visage, du “Milazo” descendant en queue au “Da Brat” torsadé.
Cependant, cette tradition est aujourd’hui confrontée à de nouvelles menaces. L’afflux de peignes chauffants et de défrisants chimiques, promouvant des cheveux lissés comme norme mondiale, pourrait éroder ces pratiques ancestrales. Mais des traditionalistes comme Khadija Musa Sele se dressent contre cette tendance. “Je n’utiliserai jamais de produits chimiques sur les cheveux de mes enfants… Ils représentent un danger pour la santé et peuvent même provoquer la chute des cheveux”, affirme-t-elle, convaincue que les traditions de tressage survivront, comme elles l’ont fait face à l’esclavage, au colonialisme et à l’appropriation culturelle.
Les tresses africaines, jadis porteuses de messages cachés d’opposition, sont aujourd’hui l’héritage vivant d’une identité culturelle forte et d’une beauté intemporelle.
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