L’intelligence artificielle (IA) promet de révolutionner l’éducation en Afrique, offrant un apprentissage personnalisé et de nouvelles méthodes pédagogiques. Cependant, cette révolution ne se fait pas sans risque. Alors que la majorité des outils d’IA sont conçus dans les pays du Nord, ils portent en eux les valeurs et les visions du monde de leurs créateurs. Une question cruciale se pose : l’adoption massive de ces technologies est-elle un pas en avant ou risque-t-elle d’effacer les savoirs et les valeurs autochtones ?
Quand la Technologie Devient un Véhicule Culturel
Loin d’être neutre, la technologie est un miroir des idéologies de ceux qui la conçoivent. Les assistants virtuels comme Siri ou Alexa, conçus comme des servantes dociles, reflètent des stéréotypes patriarcaux. De la même manière, les outils éducatifs d’IA importés en Afrique promeuvent souvent des valeurs d’apprentissage individualisé et autodirigé, qui entrent en contradiction avec les cultures d’apprentissage africaines, historiquement axées sur la communauté, la collaboration et la transmission interpersonnelle.
Des exemples concrets illustrent ce choc culturel. En Afrique de l’Ouest, il existe deux saisons principales, mais des IA comme ChatGPT répondent “quatre”, manquant de précision contextuelle. De plus, les programmes générés par ces outils ignorent souvent les savoirs autochtones, comme les pratiques agricoles fondées sur des connaissances écologiques locales, au profit de méthodes occidentales. Cette “colonialité numérique” risque de poursuivre l’effacement épistémique initié par la colonisation.
Masakhane : La Réponse Africaine pour une IA Équitable
Face à ce risque, des solutions locales et participatives émergent. L’initiative Masakhane en est un exemple phare. Ce mouvement panafricain de bénévoles vise à démocratiser l’IA en créant des outils de traitement du langage naturel adaptés aux langues et aux réalités africaines. Grâce à une approche communautaire, Masakhane traduit des articles scientifiques dans des dizaines de langues africaines, garantissant ainsi que le savoir ne reste pas l’apanage des langues étrangères.
Pour préserver leur patrimoine, les gouvernements et les établissements d’enseignement africains doivent rompre leur dépendance technologique. En investissant dans les domaines des STEM (sciences, technologie, ingénierie, mathématiques) et en développant leurs propres outils d’IA, ils pourront forger un avenir numérique qui reflète non pas des valeurs importées, mais la richesse et la diversité de leurs propres cultures. L’IA a un rôle majeur à jouer en Afrique, à condition qu’elle soit conçue par et pour les Africains.
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