Alors que les grands festivals internationaux comme Cannes ou Venise tendent parfois à privilégier la prudence, la 78e édition du Festival international du film de Locarno (du 6 au 16 août) s’impose comme un bastion de l’audace. Sous la houlette de son directeur artistique, Giona A. Nazzaro, la manifestation suisse se démarque par une sélection de films qui n’ont pas peur d’explorer des thématiques intimes ou politiques sans compromis. Cette année, Locarno c’est “la résille plutôt que la résilience”, un programme qui bouscule les codes et ose des récits que l’on n’entend plus ailleurs.
“Dracula” de Radu Jude : Entre Provocation, IA et Sexe
L’une des œuvres les plus “sulfureuses” de cette édition, en lice pour le Léopard d’or, est sans conteste “Dracula (A Comedy of the Living Dead)” de Radu Jude. Le réalisateur roumain, déjà lauréat de l’Ours d’or à Berlin en 2021, propose une comédie noire et satirique, un film de found footage et de B-movie réalisé avec des images générées par IA. Le film, pimenté de scènes érotiques, se veut une critique acerbe de la vulgarité ambiante et de la société de consommation.
Lors d’une conférence de presse, Radu Jude a défendu son approche provocatrice, déclarant qu’il fallait se réinventer face à la stagnation narrative du cinéma. L’actrice principale, Oana Maria Zaharia, a quant à elle salué la liberté offerte par le réalisateur : “J’ai pu exprimer toute ma perversité et mes coins sombres, être moi-même.” Des mots qui soulignent l’écart entre l’approche audacieuse du cinéma d’auteur européen et une certaine frilosité du cinéma grand public.
Locarno, Le Festival de la Liberté Créative
La réputation de Locarno pour son amour du cinéma d’auteur et des formes narratives non conventionnelles n’est plus à faire. Le festival, avec ses projections en plein air sur la Piazza Grande et sa sélection internationale, offre une plateforme unique aux cinéastes émergents et établis pour prendre des risques. Cette 78e édition confirme cette identité, en présentant une diversité de genres, du drame politique aux œuvres expérimentales, en passant par le cinéma queer.
En défiant les conventions et en célébrant des films qui explorent les corps, les désirs et les crises de notre époque avec un regard neuf, Locarno s’affirme non seulement comme un lieu de découverte, mais aussi comme un événement vital pour la survie d’un cinéma libre, engagé et audacieux. Le verdict final sera rendu le 16 août avec la remise du prestigieux Léopard d’or, mais l’influence de cette programmation s’est déjà fait sentir, prouvant que l’art peut encore oser sans peur.
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