Le monde a récemment assisté à une manœuvre géopolitique stupéfiante : l’annonce par Donald Trump d’un décret définissant les modalités de la cession des activités américaines de TikTok à un consortium d’investisseurs « très sophistiqués ». Bien que le prix soit étonnamment bas et les termes particulièrement flous, ce « deal nébuleux », discuté directement entre le président américain et Xi Jinping, révèle une vérité brutale sur la hiérarchie du pouvoir numérique mondial.
Aux États-Unis, l’enjeu est colossal. Avec 170 millions d’utilisateurs réguliers, les autorités cherchent non seulement à contrôler les contenus distribués, mais surtout à interdire la migration des données de leurs citoyens vers la Chine. Les services de renseignements occidentaux et les experts en santé mentale alertent sans cesse sur les dangers d’une plateforme dont l’algorithme est jugé toxique et manipulateur. Pour Washington, il s’agit d’une question de souveraineté nationale et de sécurité.
Pendant que les deux géants s’affrontent pour imposer leurs conditions, le spectacle est cruel pour l’Europe.
L’accord entre Washington et Pékin, si imparfait soit-il, illustre l’impuissance européenne à imposer un tel rapport de force. Malgré l’existence de régulations ambitieuses comme le RGPD, le Vieux Continent reste englué dans les problèmes d’influence de la plateforme, incapable d’exiger une restructuration ou une vente de cette ampleur.
Le sénateur français Claude Malhuret, initiateur d’une commission d’enquête sur TikTok, a clairement exprimé cette frustration, affirmant que des plateformes comme celle-ci sont « responsables aujourd’hui de l’ingouvernabilité des démocraties et de la montée des extrêmes ». L’Europe s’est contentée, l’année dernière, d’une amende de 530 millions d’euros pour le mensonge de TikTok sur l’utilisation des données de ses utilisateurs – une somme que le groupe chinois a acquitté « tranquillement ».
Ce deal américano-chinois est un miroir tendu à l’Europe : sans une stratégie numérique commune plus offensive, l’Union restera une simple consommatrice de technologies dont elle ne maîtrise ni les règles, ni les données personnelles. La souveraineté numérique n’est pas qu’une question de loi, c’est avant tout une affaire de capacité à imposer sa volonté sur son propre territoire.
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