Le rideau se lève sur une affaire qui ébranle la République Démocratique du Congo (RDC) et mobilise la diplomatie internationale. Depuis le lundi 20 octobre 2025, la Cour militaire de Kinshasa/Gombe est le théâtre d’un procès en flagrance impliquant huit membres du bataillon de la Police militaire, accusés de viols et de traitements inhumains sur Honorine Porsches.
L’accusée principale dans un braquage raté à la Rawbank de Kalamu, Honorine Porsches, ressortissante congolaise ayant également vécu plusieurs années en Allemagne, se retrouve au centre d’une double affaire : celle des faits de braquage et, désormais, celle des violences qu’elle aurait subies après son arrestation.
Un procès en flagrance pour des actes “inhumains”
Huit militaires, dont le colonel Désiré Mumesa Kimpwene, commandant du bataillon de la PM, et plusieurs autres officiers et soldats, ont été traduits devant la Cour militaire. Le colonel magistrat Jean-Robert Kilensele, premier président de la Cour militaire, a souligné la procédure de flagrance, témoignant de l’urgence et de la gravité avec laquelle l’État congolais souhaite traiter cette affaire.
Selon l’accusation, ces hommes auraient commis des actes d’abus sexuel et de sévices sur Mme Porsches juste après sa maîtrise, des faits qui ont été, en partie, relayés par des vidéos choquantes sur les réseaux sociaux, suscitant une vague d’indignation nationale et internationale. Lors des premières audiences, un des accusés, l’adjudant Jacques Kamenga Mukela, aurait d’ailleurs reconnu avoir filmé les parties intimes de Mme Porsches et envoyé le visuel à ses supérieurs, confirmant l’existence d’une humiliation filmée.
Cette comparution rapide des suspects militaires est interprétée comme un signe fort de la volonté des autorités congolaises, y compris le Chef de l’État et le ministre des Droits humains, de ne tolérer aucune forme de justice populaire ou de violation des droits humains par les forces de l’ordre.
L’intervention de l’Ambassade d’Allemagne
L’affaire prend une dimension diplomatique en raison de la double appartenance d’Honorine Porsches à la RDC et à l’Allemagne. L’Ambassade de la République fédérale d’Allemagne à Kinshasa a émis un Communiqué au Public (daté du 20/10/2025), soulignant la préoccupation de Berlin et la nécessité de garantir les droits de sa citoyenne.
Dans ce communiqué, l’Ambassade annonce qu’elle apporte son assistance consulaire à sa ressortissante, conformément aux dispositions internationales et aux obligations nationales. Surtout, elle appelle les forces de sécurité congolaises à “respecter les droits humains et les normes internationales” et “condamne fermement leurs violations présumées”. Elle salue néanmoins l’intention des autorités congolaises de “poursuivre pénalement les auteurs présumés de ces crimes”, reconnaissant ainsi les efforts judiciaires en cours.
Double Nationalité et Transfert de Peine : Les enjeux juridiques
Au-delà des faits, le statut d’Honorine Porsches, ressortissante d’un État qui, selon l’article 10 de sa Constitution, maintient le principe d’une nationalité congolaise “une et exclusive”, soulève des questions juridiques complexes. Bien que le droit congolais ne reconnaisse pas formellement la double nationalité dans l’absolu, l’Allemagne a des lois qui permettent dans certains cas la plurinationalité.
Les avocats de Mme Porsches, selon des sources, envisageraient une défense axée sur le plaidoyer de non-culpabilité pour les faits de braquage, arguant de son état psychologique et des circonstances de son retour en RDC.
Plus délicat est l’aspect d’un éventuel transfert de peine. Des juristes évoquent la possibilité que Mme Porsches, si elle est reconnue coupable des faits originaux de braquage et condamnée, puisse purger sa peine en Allemagne, en vertu des conventions internationales et bilatérales relatives au transfèrement des personnes condamnées, bien qu’aucune convention bilatérale spécifique RDC-Allemagne ne soit publiquement connue en la matière. Généralement, le transfèrement nécessite que la condamnation soit définitive et un accord entre les deux États, un processus qui ne peut s’ouvrir qu’après l’épuisement de tous les recours.
Ce procès est donc bien plus qu’une simple affaire judiciaire ; il est un test pour l’engagement de la RDC envers l’État de droit et le respect des droits humains au sein de ses propres forces armées, avec une attention particulière de la communauté internationale.
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