Le “nain” dont personne ne voulait : La bataille de Coppola pour imposer Al Pacino
L’histoire du cinéma est jalonnée de décisions qui, avec le recul, semblent absurdes. L’une des plus célèbres demeure l’opposition farouche des dirigeants de la Paramount Pictures à l’engagement d’Al Pacino pour le rôle de Michael Corleone dans le chef-d’œuvre de 1972, Le Parrain. Ce qui est aujourd’hui considéré comme l’une des plus grandes performances de l’histoire du septième art a failli ne jamais exister à cause d’une divergence profonde entre la vision d’un réalisateur et les impératifs d’un studio.
Un profil jugé inadapté
Au début des années 70, Al Pacino est un acteur de théâtre respecté à New York, mais un quasi-inconnu à Hollywood. Pour les dirigeants de la Paramount, et plus particulièrement pour le chef de studio Robert Evans, Pacino n’avait pas la carrure d’une star de cinéma. Les cadres du studio le qualifiaient de “nain” en raison de sa petite taille et jugeaient son apparence trop typée ou “trop italienne” pour porter un film de cette envergure.
Le studio préférait des noms déjà établis ou des profils plus conventionnels. Des acteurs comme Jack Nicholson, Dustin Hoffman, Warren Beatty ou encore Robert Redford furent envisagés ou approchés. Pour la Paramount, Michael Corleone devait être incarné par une figure imposante, capable d’attirer les foules sur son seul nom.
L’obstination de Francis Ford Coppola
Face à cette résistance, Francis Ford Coppola est resté inflexible. Pour lui, Pacino possédait ce regard intense et cette capacité à jouer la mutation intérieure du personnage — du jeune héros de guerre au parrain impitoyable — que les autres n’avaient pas. Coppola a dû forcer Pacino à passer de multiples essais, parfois jusqu’à cinq ou six fois, pour tenter de convaincre des producteurs qui restaient systématiquement de marbre.
L’anecdote raconte que même après avoir été engagé, Pacino se sentait tellement indésirable sur le plateau qu’il craignait d’être renvoyé à chaque instant. Le tournage avait commencé sous une tension extrême, les dirigeants visionnant les rushes quotidiens avec l’espoir de trouver une faute professionnelle justifiant son licenciement.
Le tournant de la scène du restaurant
Le salut d’Al Pacino est venu d’une scène précise : l’assassinat de Sollozzo et du capitaine McCluskey dans un restaurant italien du Bronx. Avant le tournage de cette séquence, la Paramount était sur le point de le remplacer. Cependant, en voyant la performance de Pacino — son silence pesant, le mouvement de ses yeux cherchant l’arme, et l’explosion de violence contenue — le studio a enfin compris la vision de Coppola.
Cette scène a non seulement sauvé la place de l’acteur, mais elle a scellé le destin du film. Al Pacino a fini par obtenir une nomination aux Oscars pour ce rôle, prouvant que l’instinct d’un cinéaste prévaut parfois sur les études de marché des studios. Aujourd’hui, il est impossible d’imaginer un autre visage pour Michael Corleone, rappelant que les plus grands succès naissent souvent de la résistance aux normes établies.
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