Votedefan 02112025 Decolonisation

L’Afrique, un Continent en Quête de Ses Valeurs : Le Combat Inachevé de la Décolonisation

Au-delà des Indépendances : Le Crucial Débat sur la Décolonisation des Esprits en Afrique

La quête de l’Afrique pour une souveraineté pleine et entière ne s’est pas achevée avec la descente des drapeaux coloniaux. C’est le message puissant qui a résonné lors de la conférence-débat « Après la décolonisation en Afrique et les engagements humanitaires vers les valeurs africaines », tenue à l’occasion du 28e Salon international du livre d’Alger (SILA). Réunissant une mosaïque d’intellectuels, de diplomates et de chercheurs du continent, cette rencontre a mis en lumière un consensus fort : la décolonisation politique n’est qu’un prélude ; la véritable bataille se joue dans les esprits et la reconquête des valeurs fondatrices.

Un Processus Inachevé : Dépasser le Mythe Colonial

Le Nigerien Mohamed Al-Amin Abdellah Al Moheimen a insisté sur le fait que la décolonisation institutionnelle n’a pas été suivie par une transformation profonde des mentalités et des structures sociales. L’héritage colonial, comme l’a théorisé l’auteur kényan Ngũgĩ wa Thiong’o avec son œuvre marquante Décoloniser l’esprit, a profondément altéré la perception que les Africains ont d’eux-mêmes, de leurs langues et de leurs cultures, souvent au profit d’un modèle occidental perçu comme la seule voie vers la « modernité ».

Ce mythe tenace entrave la construction d’une Afrique réellement affranchie. Pour les intervenants, il est impératif de rompre avec les schémas de pensée imposés pour bâtir des sociétés sur des fondements endogènes : la solidarité, la dignité humaine et la justice sociale. L’économiste sénégalais Felwine Sarr a également souligné que la première urgence en Afrique est d’ordre psychologique, celle de se réapproprier ses choix et ses propres “téléologies” (finalités).

Votedefan 02112025 Decolonisation1

🌱 Ancrer le Développement dans le Socle Spirituel et Moral Africain

L’enjeu central est de faire des valeurs africaines la boussole pour le développement futur du continent. Abdallah Aissa (Tchad) a rappelé que, dans la pensée africaine, les valeurs sont indissociables du sacré et de l’esprit, s’enracinant dans la foi et s’incarnant dans le quotidien.

Mourtadi Ahmed (Nigeria) a identifié ces valeurs comme la « pierre angulaire fondamentale » pour l’édification de sociétés unies. Parmi elles, la solidarité humaine (l’entraide indéfectible et la célèbre maxime de l’Ubuntu, « Je suis parce que nous sommes »), le travail collectif, la générosité, et une conscience écologique basée sur le respect de l’environnement, sont primordiales.

Ce retour aux sources ne prône pas un rejet de la modernité, mais appelle à une réconciliation entre tradition et modernité. Il s’agit d’ancrer le développement économique – la démocratie et la gouvernance – dans des principes éthiques qui ont fait la preuve de leur efficacité dans les communautés africaines, comme la famille élargie, la solidarité communautaire, et les systèmes de justice traditionnels pour le règlement des conflits.

Les Voix de la Diversité et le Droit à l’Autodétermination

Le débat a également souligné la complexité de l’Afrique. Mohamed Salem Ould Soufi (Mauritanie) a mis en garde contre une lecture simpliste, insistant sur le fait que l’extraordinaire diversité ethnique, culturelle et linguistique du continent exige des modes de gouvernance plus inclusifs qui garantissent l’ancrage des valeurs humaines pour tous.

Enfin, la présence de Mohamed Khitoubi (Sahara occidental) a servi de rappel que la décolonisation n’est pas qu’un concept abstrait. Elle demeure un combat territorial inachevé dans certaines régions. L’appel à l’autodétermination est une réaffirmation du droit fondamental des peuples et un appel à une solidarité africaine et internationale accrue, en droite ligne avec les principes de l’Union Africaine.

L’objectif, martelé par tous les participants, est de renforcer les institutions africaines pour construire une Afrique souveraine, solidaire et humaniste pour le XXIe siècle, où la protection des droits humains et la promotion de la paix ne sont pas de vains mots, mais les fruits d’une renaissance intellectuelle et culturelle.

Share this content:

Laisser un commentaire

Panier