Alors que le 20 juillet 2025 marque le centenaire de la naissance de Frantz Fanon, figure emblématique de la décolonisation et psychiatre martiniquais, le cinéma algérien lui rend un hommage puissant. Après le biopic français de Jean-Claude Barny, c’est au tour d’Abdenour Zahzah de nous livrer sa vision avec un docu-fiction au titre évocateur : “Chroniques fidèles survenues au siècle dernier à l’hôpital psychiatrique au temps où le docteur Frantz Fanon était chef de la 5ᵉ division entre 53 et 56”. Sorti en Algérie en novembre 2024, le film arrive sur les écrans français le 23 juillet, une occasion précieuse de redécouvrir l’œuvre et l’engagement de Fanon.
Blida : Le Choc des Visions et la Naissance d’une Nouvelle Psychiatrie
Le film de Zahzah se concentre sur les trois années déterminantes (1953-1956) que Fanon a passées à l’hôpital psychiatrique de Blida-Joinville en Algérie. Ce docu-fiction offre un huis clos saisissant sur l’affrontement entre deux conceptions radicalement opposées de la maladie mentale. Blida était alors un bastion de la psychiatrie coloniale, dont le chef de file, Antoine Porot, professait une vision racialiste des “Nord-Africains musulmans”.
C’est dans ce contexte hostile que Frantz Fanon, à seulement 28 ans et fraîchement auteur de son célèbre Peau noire, masques blancs, prend ses fonctions de médecin-chef. Malgré les réticences, il impose sa révolution thérapeutique. Loin des électrochocs et des entraves, Fanon privilégie le dialogue avec les patients, organise des matchs de foot, les implique dans la préparation du café, et va même jusqu’à installer une salle de cinéma. “Il a métamorphosé l’hôpital en colonies de vacances, m’ont raconté les infirmiers”, confie Zahzah, soulignant l’humanisme radical de son approche.
Une Révolution en Noir et Blanc : Fanon et l’Hôpital de Jour
Le film, tourné en noir et blanc pour une “sobriété” nécessaire à la psychiatrie et à la guerre, déroule cette “tranquille révolution”. Fanon y développe sa vision de l’hôpital de jour, précurseur de la psychiatrie moderne : “Il faut d’abord ouvrir les murs, les comportements, les caractères, les attitudes, les esprits, les idées enfin.” Son objectif ultime : reconnecter le malade avec la société.
Pour Abdenour Zahzah, né à Blida et ancien responsable de la cinémathèque locale, Fanon est une fascination de longue date. Ayant déjà réalisé un documentaire sur lui en 2002, Zahzah s’est cette fois-ci appuyé sur les notes cliniques de Fanon et des témoignages d’infirmiers. Le film rend hommage à “l’un des plus grands personnages du XXᵉ siècle, au chantre de la décolonisation”, dont les idées sur le colonisé et le post-colonisation restent, selon Zahzah, “toujours d’actualité”. Un film essentiel pour se reconnecter à la pensée profonde de cet intellectuel visionnaire.
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